jeudi 10 août 2017

Quelques pas avec Do Spillers (3ème partie)

L’enthousiasme du Jardinier est contagieux : comment ne pas admirer l’inventivité dont fait preuve telle plante pour se reproduire, conquérir le terrain, apprendre à se cacher durant les périodes difficiles et renaître quand les circonstances redeviennent favorables. Les plantes, fleurs et arbres, se muent sous nos yeux en un véritable peuple, le végétal alternant stratégies à long terme et coups de génie tactique au profit de l’espèce : la survie comme seul mot d’ordre.

La variété des parterres, la luxuriance des herbes, des fleurs, des buissons de toutes espèces,… peuvent laisser croire à une promenade au cœur d’un jardin tropical de toutes les couleurs. La pourpre des digitales, le safran des pavots de Californie, le bleu des lavandes des Canaries, les nuances mauves des giroflées arbustives ou des géraniums de Madère, nos yeux en prennent plein la vue ! Tout comme les insectes que les plantes ont littéralement appris à utiliser au profit de leur descendance.
Et hop ! Nouveau bond en arrière, juste 125 millions d’années, pour assister en direct – et en Technicolor, s’il vous plaît ! – à l’invention des pétales. Un véritable coup de génie végétal que cette trouvaille des plantes à fleurs qui, jusque là, ne comptaient que sur le vent pour disperser leur pollen !

C’est là que le nombre de plantes à fleurs explosé. Variations de couleurs à l’infini, de formes, de parfums,… tout pour séduire, appâter et même récompenser à coups de nectar papillons, guêpes, bourdons, abeilles ou petits oiseaux. Depuis, chacun y trouve son compte, certaines fleurs ont littéralement transformé la zone d’atterrissage en enseigne de bar, boissons en libre service à l’intérieur ! A l’entrée ou à la sortie du débit de boisson, l’insecte se trouve chargé de pollen… qu’il transportera gratuitement jusqu'aux organes femelles de la prochaine fleur. Merci l’insecte !
Au bout du compte, une descendance : des graines. Quelques unes seulement, ou parfois des centaines. Petit coup de chapeau au pavot somnifère  (Papaver somniferum L. ), détenteur du record en nombre de graines par fleur !

Ici, les vipérines géantes1 se croient à Madère ou aux Canaries : elles montent à plusieurs mètres ; là, tout à côté de la maison, un palmier de 6 mètres planté il y a plus de 30 ans porte sur son « tronc » une orchidée épiphyte2 qui se trouve là aussi heureuse que sous les tropiques. Il faut dire que jardinier d’ici n’est pas revenu les mains vides de là-bas. Toutes les plantes qui nous entourent sont issues de ses propres graines, parfois de boutures ou semis offerts par des amis. Monsanto et Bayer ne font pas fortune avec lui !
Chaque fleur, chaque buisson, chaque arbre a une histoire à raconter. Et le Jardinier traduit pour nous la parole de la fleur, du buisson, de l’arbre. Chaque plante à quelque chose à nous dire à propos de ses origines, de son passé lointain3, du pays d’où il ou elle vient4, de la région du globe d’où un explorateur5 l’a rapportée pour la première fois, des soins que le Jardinier lui a prodigués pour qu’elle profite de l’étonnant climat de Belle-Ile-en-Mer où il a choisi de l’installer.
Dans le jardin qu’il partage avec nous, en ce matin de juin : L’Eden du Voyageur.

À Belle-Ile-en-Mer, le 25 juin 2017.
« Loin, très loin…, là-bas au cœur de la savane, vivait un arbre plus grand et plus vieux qu’aucun autre arbre. Et sous son écorce d’arbre, il abritait toute la sagesse de l’Afrique. […] »
(Do Spillers, L’Arbre qui parle, éditions Milan).
1 Variétés tropicales de la vipérine commune, petite plante de 50 à 80 cm chez nous.
2 Plante qui en utilise une autre comme support, au lieu de pousser en terre.
3 Un brin de paléobotanique n’est pas pour faire peur à notre Jardinier.
4 Un nombre étonnant de plantes de l’Eden du Voyageur proviennent de régions tropicales.

5 Un Jardinier historien, même Carl von Linné n’aurait pas trouvé où le ranger dans sa classification !

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